Boire un verre avec une femme – histoire de vie

On y est ! Premier rencard avec une fille que vous avez embrassé en fin de soirée…le classique. Vous avez rendez-vous dans le bar du village, les bonnes habitudes…les deux serveurs sont là, les clients réguliers aussi, ils vous connaissent, ils la connaissent. Le taulier vous sert comme si vous êtiez à un rendez-vous d’affaire, le genre huit plaques avec des chinois. Quand vous devez conclure avec une fille, la coutume c’est de boire un verre en terrain neutre. A l’abri de l’intimité, du « sale » et surtout du gratuit, ce sont les codes contemporains.

Vous évitez les boissons alcoolisées, même si vous l’avez rencontré rond comme une queue de pelle. Jus de pamplemousse pour l’esprit sportif, café pour l’esprit professionnel, thé pour la fiotte ou pour faire comme elle. Évidemment, les premières minutes sont bridées, chacun est sur ses gardes, jusqu’au moindre détail, pour ne pas discerner trop tôt les épaisseurs de vices. Grasses ! Les épaisseurs…

Alors vous parlez d’aujourd’hui, des banalités, de tout et de n’importe quoi. Pourquoi ? L’angoisse du « blanc », du silence qui parle mal, celui qui fait chuter dans un étirement ou autres bâillements. Vous y arrivez tant bien que mal, en attendant les débouchés, les perspectives intéressantes d’échanges. Quand les idées ne viennent pas, il vous reste toujours le moyen de parler de la météo, une fois, pas plus. Vous avez un joker lors de ses rendez-vous galant, essayez de l’utiliser au début ou à la fin de l’entretien, jamais au milieu.

Tout d’un coup, vous la voyez tremblante. Son complice, le serveur , a fait une erreur de compagnonnage : il a servi le thé distinctement de la théière. A ce degré de stress, elle semble frapper d’une légère tremblotte, assimilable à de la gaucherie, rien de plus. Étant d’un naturel intellectuel, votre manière de voir le monde et de vous exprimer va commencer à l’atrophier.

Boom ! Elle renverse l’intégralité de son thé sur elle ! Chaud ! Vous avez les yeux grands ouverts ! Devant elle ! Premier rang ! Vous avez payé ce thé donc vous regardez ! Vous matez copieusement les caractères et rictus de mal-être qui déferlent par milliers sur on visage : lèvre du bas, sourcil gauche, rougissement de la peau, tremblement qui s’intensifie durant le petit ménage, les bras croisés durant le quart d’heure qui suit. L’extase…ce que c’est beau une femme maladroite, qui perd ses moyens. Pourquoi ? Parce qu’elle vous a en face d’elle. Vous ne perdez pas une miette de la situation.

L’entrevue se termine dans une ambiance taquine et coquine. La chute d’eau a détendu l’atmosphère et a offert un magnifique support de plaisanterie. Au moment de rentrer, il faut tout de même la raccompagner, c’est le moment opportun pour lui dire deux ou trois mots très doux ou de l’embrasser, sans autres formes de procès.